Le prochain budget du Québec, prévu pour le 25 mars, sera déposé dans un contexte particulièrement délicat. Le gouvernement se trouve confronté à un double défi : d’une part, gérer l’impact des tensions commerciales avec les États-Unis, et d’autre part, redresser un déséquilibre budgétaire majeur afin de respecter ses propres engagements législatifs, notamment face à la Loi sur l’équilibre budgétaire et la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations.
Dans une étude publiée aujourd’hui, l’Institut du Québec (IDQ) présente deux scénarios d’évolution des finances publiques : un scénario de référence reposant sur le cadre financier de novembre 2024, et un scénario d’équilibre budgétaire illustrant les efforts requis pour respecter les délais légaux.
Un équilibre budgétaire déjà compromis avant la crise commerciale
« Même avec le ralentissement des dépenses annoncé lors de la mise à jour économique et financière de novembre dernier, Québec n’atteindrait pas l’équilibre selon l’échéance de 2029-2030 fixée par la Loi sur l’équilibre budgétaire, précise d’entrée de jeu Emna Braham, présidente-directrice générale de l’IDQ. Autrement dit, le Québec enregistrerait systématiquement des déficits. Alors, imaginez à quel point la situation est devenue préoccupante avec cette guerre tarifaire qui sévit actuellement avec les États-Unis. À court terme, ce conflit commercial ne fera qu’aggraver le déficit, avec une baisse prévisible des revenus fiscaux et une hausse nécessaire des dépenses de soutien, dont l’ampleur dépendra de la durée et de l’intensité des tensions. »
Plus inquiétant encore, la dette atteindrait 38,7 % du PIB d’ici 2032-2033, excédant ainsi le plafond fixé par la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations. Au cœur du problème : un important déficit de près de 11 milliards de dollars en 2024-2025 et le vieillissement de la population susceptible d’accroître considérablement les dépenses en santé au-delà du coup de barre actuel. À ce chapitre, notons qu’au cours des vingt prochaines années, la population des 25-54 ans, principaux contributeurs aux revenus de l’État, n’augmentera que de 128 000 personnes, alors que celle des 70 ans et plus, plus grande consommatrice de soins de santé, croîtra de 553 000 personnes. Malgré une hausse prévue des revenus légèrement supérieure à celle des dépenses après 2030 (soit 3,2 % contre 3,1 % par an), l’écart ne suffirait donc pas à redresser la situation.
